Ne pas fêter Noël

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Une réflexion sur “Ne pas fêter Noël

  1. jojolepelo dit :

    Aaah! Noel! LA Noel ! La joyeux Noel!
    Cette ambiance de fêtes, ses lumières multicolores, ses néons, ses cadeaux, la famille, la tradition, le petit Jésus dans la crèche…
    Mon cul!
    Il devait être dix heures. Du matin.
    J’étais en train de comater dans mon studio du Pére-Lachaise. Enfin , le studio tout pourri que, j’avais embrouillé à ma belle-deuche, Thééérrrèèse, la nouvelle femme de mon père. Au 39 de la rue du repos. Si! Si! Du REPOS !
    Au deuxième étage d’un immeuble loyer 1948. Vieux, tellement bancal qu’un pet de mouche violent (le pet, violent), aurait ébranlé les bases du bâtiment. Au deuxième, sous le toit, les combles.
    Ah! Il s’en est passé des trucs dans ce boui-boui. Il en est passé des kilos de cames et des hectolitres de tisane. Pas tout en même temps…
    Au bout d’un couloir, au même niveau que deux autres studios vides. On y accédait par un escalier en bois tellement usé qu’il n’avait plus de couleur et des trous dus à l’usure. Fallait pas non plus utiliser la rambarde… Les chiottes? Au 1 er, dans une courette, ouverts à tous les vents, à la turc. Certain qu’en hiver, l’évier servait d’urinoir!
    Quoi? Pour chier? Du papier journal, une boutanche vide ( y’en avait sur place!), accroupi dans le couloir. Emballé et pesé, un sac plastique et direction la poubelle. On se les gelait trop pour descendre dans ces gogues d’un autre âge. Le froid, l’odeur, la peinture décrépie grise..
    .Le couloir était plus accueillant!
    Le « gardien », un ersatz de portugais gogol. se plaignait de l’odeur du local poubelle. Il me disait :
    -Ça pue la bouffe des noirs (les africains du premier). Ils mangent de la caca!
    -T’as raison. Sont pas comme nous ces gens là!
    Une seule fenêtre qui donnait sur le cimetière, un évier branlant avec un robinet unique-nique d’eau froide.
    J’avais agrémenté le local d’une moquette marque  » la biffe »; deux matelas posés à même le sol; un gros buffet normand qui servait de range-tout, mais alors tout; un petit frigo pour les bières; une tv noire et blanc qui sautait quand elle était chaude (un coup de pompe et elle se remettait en marche);un petit radiateur électrique et, bien sûr, un radio k7 pour le rock’roll. Puis, luxe suprême, un téléphone! Je sais pas ce qu’il foutait là, mais il trônait à côté de la lourde, sur un tabouret à trois pattes, d’une belle couleur ivoire, avec son joli cadran en plastique transparent. En plus,il marchait car on payait. En retard mais on payait!
    Donc ce putain de téléphone me sors de mon repos bien mérité : j’avais pris une murge le jour précédent…
    -Allo?
    -Joyeux Noel, abruti!
    C’était mon vieux. Il m’appelait « abruti » , avec une variante : » brrèle », le bourricot en arabe.
    -Hein?
    -Joyeux Noel!
    -Ouais! Santé, année, anniversaire et 14 juillet… Qu’ess’tu veux?
    Il était solo ce soir, sa pouffe était chez sa fille, il voulait pas y aller. Il m’invitait pour le réveillon!
    Merde! Une teuf avec papy en duo! Le kif. J’allais m’cogner la tv avec  » chansons spéciales noel » , présentés par Drucker, Sébastien, une autre tâche dans le genre ou, les trois ensemble. Merde! Merde! Merde! J’avais rien de prévu ce soir, mon alcoolyte (les deux matelas, tu te rappelles?) s’était incrusté chez tonton-tata pour faire le plein de fin d’année, mais fallait éviter ce plan naze.
    -Euh?
    -Je fais un couscous!
    Mon père!
    Y’a que lui! Tous les fêtards vont se la donner au foie gras, huîtres, dindes et champ’. Lui, il allait manger un couscous!!! Mais, c’était un vicieux, le vieux. Il faisait, sans déconner, le meilleur couscous que j’ai jamais mangé. Il m’avait appâté et ferré.
    -A quelle heure?
    -8 heures!
    J’lansquine un tchimoune dans le lavabo, j’me passe le visage à l’eau froide, gelée, j’en profiterai pour prendre une douche chaude chez mon pâpâ. Après tout, couscous et douche ; la totale!
    J’m’habille, j’desends chez Hassein, le troquet qui fait angle rue du repos, bd de Ménilmontant. C’est vrai que ça pue le local poubelle, l’a raison le tôsse!
    -Hassein, un kawa s’te plait.
    Je m’installe en terrasse couverte et mate dehors. Le quartier est déjà calmos, mais en hiver… Qu’est-ce que je vais foutre en attendant le couscous de Noel? La vie est dure : y’a des glands dans mon genre, qui bossent pas, qui zonent, qui se font chier.
    Allez! Hop! Un demi bien frais pour me réchauffer et j’m’en vais faire un tour à la Nation. Retour au bercail et… dodo jusqu’à 19h00.
    Quelle vie!
    Le réveil sonne. Il fait nuit et, malgré ce petit radiateur , il fait froid. Je m’habille vite fait et sors affronter courageusement les vicissitudes de la vie.
    Comme j’ai la pêche, grosse récup, malgré la température, je vais me cogner le trajet à pinces. Pére-Lachaise- Porte de Bagnolet.
    Hassein est en train de tirer le rideau.
    :-Oh! Hassein! Tu fermes déjà? Les arabes y fêtent la Noel?
    -Narrdin! Faites chier avec vos fêtes, j’ai pas de clients, j’ai rien branler aujourd’hui…
    -Bonne année quand même!
    Je longe le cimetière, remonte l’avenue jusqu’au trome Père-Lachaise.. Cela commence bien, genre film d’horreur. Il fait nuit, il fait froid, y’a pas un pèlerin dans la rue.
    J’pense aux mecs enterrés. Ils doivent aller au paradis mais, on les enterre. Le paradis, c’est normalement au ciel; là. ils sont plus près de l’enfer….
    Bof! C’est p’têt pour les réchauffer.
    Ça s’anime un peu côté métro Père-Lachaise. Y’a des boutiques encore allumées, des gens qui ont l’air de courir, les bras chargés .Cadeaux? Bouffe?. Cela me fait penser que j’ai que tchi pour mon papa chéri.
    Avenue Gambetta. Elle monte. A droite le petit square et derrière, le cimetière. Mais, c’est calme. Noir et calme. Le mur des fusillés ou des fédérés. C’est craignos ce coin quand même!
    Arrive la place Gambetta. Ah! Voilá la Noel!!! Plein de lumières, de néons multicolores, Y’a du peuple dans les boutiques, dehors, la même qu’en bas mais, plus de gens. Ils doivent faire un marathon : Ils speedent avec tous leur sacs! La jolie mairie y va aussi de ses belles enluminures : « joyeuses fêtes, joyeux Noel, bonne année ».
    Mouaif! Ce sera la même merde l’année prochaine mais, ils y croient!
    Rue Belgrand. On retourne au désert glacé. Cela descend en direction de porte de Bagnolet. Pas un rat, que la lumières des réverbères Le petit parc derrière la mairie et l’hosto. Tenon.
    Malgré la pénombre (j’commence à flipper!), avec le peu de lumière, à 100 mètres, prés d’un petit rade qui a l’air fermé, j’aperçois un tas de gravas sur le sol. Je marche tranquillos et, me rapprochant du tas de ?, Je vois que le café est un peu éclairé, qu’il y a 2 gus dedans avec le patron derrière son bar. Et, je vois que le tas de daube est en fait un mec couché au sol, son dos appuyé sur un arbre. Bon, ça doit pas le gêner d’être couché là car, il est aussi crade que le sol : c’est une cloche. Mais, il a la gueule en sang. Quelques rares piétons passent sans lui jeter un regard.
    -Hè! Mec! Ça a pas l’air d’aller?
    J’avise deux endroits de sa modeste personne pas trop dégueulasse, je l’alpague et l’assied sur un banc. Vert. Le banc est vert.
    -Qu’est-ce qui t’arrive camarade?
    -Le patron du troquet m’a ch’té dehors et je suis tombé.
    -T’es raide et t’as foutu ta merde?
    -Non! Non! J’voulais un kawa et quand j’ai voulu payer avec mes pièces de 5 et dix centimes, le chef s’est énervé et m’a ch’té.
    -Enculé! Tu veux que je t’amène à l’hosto?
    -Non! Merci l’ami. Mais tu peux aller chercher mes sacs dans l’troc ?
    -Comme ti veux ti choise…
    J’entre , le patron est toujours derrière son bar, gros, rougeaud, un pull tricoté par sa mégère et son tablier gris. Il essuie un verre. Quand ils servent pas de tisane ou qu’ils récupèrent pas la thune, les patrons de bar essuient des verres! Les deux clients se retourne et me regardent d’un air dédaigneux. Trois verres à pied, emplis d’un liquide jaune trône sur le comptoir.
    -On ferme jeune homme!
    -M’en fous, pas soif!
    -Et qu’esti qui veux donqueu alors?
    -J’viens reprendre les sacs de ton pote qu’est affalé dehors….
    -Prend tes sac et fout moi l’camp!
    Je prend les sacs, arrive à la lourde, me retourne :
    -J’espère que vous allez crever étouffé dans votre bouffe et votre alcool!
    Prés de la porte, les tables de la terrasse sont rangées avec les chaises empilées dessus. Je file un coup de pompe sur la première. Effet de dominos…
    Je sors, la cloche m’attend à la sortie. Je lui donne ses sacs tout pourris
    -Casse-toi, va y’avoir embrouilles!
    Je m’éloigne d’une dizaine de pas, me tourne et attend sur mes gardes.
    L’gros tas de graisse sors en furie avec a la main un nerf de boeuf, suivi des deux poivrots :
    -Vas-y, Raymond, défonce lui sa gueule a ce voyou.
    -J’vais t’arranger bâtard!
    Il s’approche, lève son bras et me balance un coup de nerf.
    Pas de chance, il est gros, lent, con, il pue et il est enricardé ( aviné pour le vin, enricardé pour le Ricard!).
    Je fais un pas en arrière, évite facilement le truc, refait un pas en avant et je lui balance un gros coup de pompe dans son gros cul d’enculé.
    Puis, j’me dis que c’est pas le moment d’avoir une grosse embrouille,(le couscous!), de me faire courser par les keufs et me retrouver le soir de Noel en cellule au commissariat!
    C’est Noel, les cadeaux…
    Noel, c’est l’hiver. L’hiver, il fait froid. Il fait froid, on a la gorge irrité. Le cadeau? Je me racle le fond des poumons, récupère un gros glaviot de tubar et le crache sur la gueule du gros. Il était déjà tout rouge, avec mon crachat jaune , il allait tourner à l’orange. J’ai fais demi-tour, j’ai mis le turbo et me suis sauvé en criant :
    -Va te faire enculer Raymond, va te faire enculer Raymond!
    J’ai couru jusqu’à la place Edith Piaf. Puis, j’ai rejoins l’apparte au vieux.
    Bisou, quatre verres de son vin cuit tout naze, trois assiettes de couscous, deux boutanches de Sidi Brahim , une plombe de tv de merde et j’suis rentré me couché.
    En évitant la rue Belgrand!
    Un dernier pétard avant de dormir.
    Demain, Mamy, la grand-mère de mon pote nous a invité à déjeuner. A Gennevilliers. Manger quoi?… Un couscous.
    C’est depuis cette époque que pour moi, un Noel sans couscous, c’est pas un vrai » LA NOEL ».
    En plus, à Gégénne, j’en profiterai pour faire les courses.
    J’ai plus d’herbe…

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